Gentils de tous les parvis…unissez-vous !

mars 19th, 2011

Cela fait déjà plusieurs semaines que j’en entends parler, de ce Parvis des Gentils, mais comme je suis en pleine « charrette » pour rendre le livre qui raconte ma conversion au catholicisme, je n’ai pas eu le temps de m’y attarder. Et puis hier, ca y est, mon manuscrit est enfin fini… Je vais pouvoir rejoindre sans retard le Parvis des Gentils. Dès aujourd’hui.

Le Parvis – la cour – des Gentils, c’est cet endroit à Jérusalem où ceux qui ne croyaient pas, les païens, mais aussi les femmes, et les impurs, et les hérétiques – les Gentils, les nations, les goyims, les non-Juifs – venaient rencontrer et interpeller ceux qui croyaient en Dieu, les Juifs. Devant le Temple. Parce qu’il leur était interdit d’entrer dedans.

Aujourd’hui l’Eglise est ouverte à tous, quels qu’ils soient, mais de moins en moins de gens entrent dedans !

Car pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, notre société compte plus de non-croyants – agnostiques et athées – que de croyants. Or, à contre-temps et contre-courant, j’ai fait le chemin inverse, je suis passée de païenne non-croyante, de « gentille » donc, à celui de … De quoi au fait?  De catholique croyante et pratiquante, donc de… « méchante » ??? – comme m’a dit drôlement ma Constance de 10 ans !

Non, certainement pas méchante, même si trop souvent, dans un réflexe encore conditionné par deux cents ans de lutte anti-cléricale et anti-catholique, – l’année 2009-2010 et sa tempête anti-Benoît XVI en fut, hélas, encore le témoin – l’opinion publique a souvent tendance à considérer ainsi les croyants, les rejetant invariablement dans le camp des méchants…

Les croyants de toutes confessions, d’ailleurs, dès lors qu’ils affichent visiblement leur Dieu dans notre société laïque et sécularisée; nos amis musulmans en font aussi les frais et en deviennent même objet de beaucoup de – méchantes – attentions… Oui, trop souvent encore les croyants sont ces méchants obscurantistes, ennemis de la raison, de la science, de la liberté et finalement,  de l’homme, – le nouveau dieu – de notre société …

Comme pendant des siècles, à l’inverse, ce furent les croyants qui jugèrent et condamnèrent les Gentils-méchants, ceux qui ne croyaient pas, ou pas correctement … Ca non plus, je ne l’oublie pas…

Aujourd’hui, à la porte ouverte de la maison de Dieu, sur le Parvis des Gentils, nous allons faire cesser ces conflits pour chercher ensemble, le sens de notre humanité …

Accueillir ceux qui ne croient pas au Ciel mais qui, feront cet effort d’être là, de discuter, de dialoguer, de se tourner vers ceux qui ne sont pas comme eux, sans les juger… Et ceux qui, malgré la pression de la modernité, croient toujours au Ciel, ou y croient à nouveau, comme moi; ces croyants-là les accueilleront, les accepteront,  échangeront, sans irénisme bruyant, ni prosélytisme condescendant …

Faire cesser les conflits en nous saisissant de ce qui forge l’humanité, et au-delà, en considérant notre  planète, notre cosmos, et notre Idéal commun, à nous tous humains…

Réfléchir et partager, entre celui qui croit au Ciel et celui qui n’y croit pas,  dans les lieux réservés et emblématiques de la culture, de la raison, de la spiritualité (La Sorbonne,  L’Academie , Les Bernardins…), et aussi au milieu de ce peuple de Paris d’aujourd’hui, dans cette société mêlée, ouverte et mélangée de foi cachée et de doutes visibles, sur le parvis de Notre Dame de Paris.

C’est justement en traversant le Parvis de Notre Dame, que la « gentille » d’hier que j’étais est devenue, non pas la « méchante », mais la gentille nouvelle d’aujourd’hui.

Moi, la jeune femme agnostique, pourtant élevée 17 ans en écoles cathos, je n’avais pas la foi, ou plutôt pas la conscience de ma foi…

J’étais cette « gentille » archétypique, en quête, assoiffée d’idéal, mais sans réponse, au cœur de ce monde dans lequel je plongeais éperdument; et où tout, pourtant, me semblait manquer de sens, infiniment… Mais pourquoi suis-je là ?  Et surtout pour qui suis-je là ? Pour quoi faire ? Quoi faire de cette vie, où pourtant je réussis à tout, sauf à être heureuse ? Pourquoi fais-je si peu de bien, et tant de mal ? Pourquoi, autour, comme en moi, ce sentiment permanent de souffrance, de vide, d’angoisse, d’inachevé ? Qui, un jour, m’a même fait entrevoir la pire extrêmité…

Alors j’allais dans Paris, je marchais seule, ou je faisais la fête, avec mes amis, et je retournais immanquablement sur ce parvis de Notre Dame. Ce parvis pétri d’histoire chrétienne et profane aussi, des Mystères du Moyen-Age au roman enflammé de Victor Hugo.

Et puis un jour de quête plus douloureux encore, déboussolée sur le parvis, mon regard fut d’un coup fasciné par la beauté de la cathédrale;  et mes oreilles emportées… par le son des orgues qui s’en échappaient…  Du Parvis grouillant de monde, je me suis laissée emportée par le flot entrant dans l’Eglise. Là, j’ai été saisie par la plénitude monumentale du son emplissant l’immense cathédrale, qui vibrait jusqu’au fond de mes entrailles…  Je suis restée, toute suspendue, quand la messe – que je ne fréquentais plus depuis des lustres  – a commencé…  Et au milieu de l’homélie du cardinal Lustiger, je L’ai entendu me parler : « Tu n’es pas là par hasard, tu es mon enfant, tu es aimée inconditionnellement, et pour l’éternité… »

A travers son grand prêtre, je venais d’entendre le Christ. Il m’a saisi l’âme comme sa musique avait saisi mes sens, et ma vie prenait tout le sien. J’étais aimée et faite pour aimer, la « gentille » devenait « l’ »aimante », une gentille nouvelle, une gentille, pour de vrai. Tout sauf une méchante… Enfin, rien n’est si facilement gagné, quand il s’agit d’aimer!

Aujourd’hui, sur le parvis, où pourtant nous vivrons encore bien des conflits, tous les Gentils seront présents, les anciens comme les nouveaux, les Gentils d’hier et les gentils d’aujourd’hui!

Et, Celui qui a, déjà, sauvé ma vie, ce Christ incroyable, inimaginable, inespéré, aura ouvert sa porte et laissera chacun libre sur le Parvis, d’être ancien ou nouveau gentil; mais aussi d’entrer dans son temple, son Eglise, et de regarder, d’écouter, la prière monter… Il y aura là les frères œcuméniques de Taizé.

Sur le parvis de tous les possibles, comme au temps de ces Mystères médiévaux, qui, de la Passion du Christ aux chansons de gestes, il y a 600 ans, animaient déjà l’endroit, devant les artistes, les orateurs et le talentueux ami Paddy Kelly, la foule du peuple de Paris se pressera, celle qui croit au Ciel, et celle qui, – autrement plus nombreuse qu’au Moyen-Age !–, n’y croit pas…

Je ne peux finir ses lignes d’espoir sans dire un mot du drame sans précédent – que je ressens comme prophétique – qui s’abat sur le Japon et qui nous interpelle tous, croyants et non-croyants, sur le devenir de notre humanité…

Après un tremblement de terre qui n’en a toujours pas fini, un tsunami géant et noir qui a tout englouti, un froid démentiel qui glace les secours, voici la deuxième puissance la plus riche  de la planète, dévastée et impuissante devant ces catastrophes – que Dieu n’a pas voulues – et une gigantesque menace nucléaire qui se profile … 65 ans après les terreurs que l’on pensaient révolues d’Hiroshima et de Nagasaki, le peuple japonais est à nouveau la victime expiatoire  de la folie technologique de l’homme, oublieux de la force incommensurable de la nature… Et c’est en priant Notre-Dame de Nagasaki que je retrouve ces paroles prononcées à l’aube de son pontificat par le nouveau pape Benoît XVI qui appelait déjà l’humanité du 3e millénaire à un indispensable « réveil spirituel (sans lequel) l’homme de l’ère technologique risque d’être victime des succès même de son intelligence ».

Puissent aujourd’hui les hommes et les femmes de bonne foi entendre ses paroles, et que, dans la désolation totale, qui n’épargne pas plus les riches que les pauvres, Dieu entende notre prière, comme celle actuelle de ces milliers de japonais et de leur empereur, si faible… Car que reste-t-il aux hommes, qui avaient tout ici bas, quand ils ont tout perdu … et même bientôt, peut-être, leur planète ?

4 Responses to “Gentils de tous les parvis…unissez-vous !”

  1. Bref si le ridicule ne tue pas, il est tout de même surprenant

  2. elisabeht bigot dit :

    Un grand merci frigide pour votre livre!!! il m’a donné un grand coup de fouet, à moi la catho pourri gâtée. Effectivement, il m’a donné encore plus envie de « l’ouvrir » et de former l’âme et l’esprit de mes 6 et bientôt sept mouflets! Nous avons notre place à prendre dans la cité! Je vous porte dans mes prières pour que vous ne vous essoufliez pas…et que les médias continuent à vous donner un peu d’espace!!! et je disribue votre bouquin!!!!!! deo gracias!

  3. Véronique Bauguil dit :

    J’ai beaucoup apprécié votre livre qui tourne dans notre « bibliothèque » d’amies. Je vous rejoins dans le fait qu’il est indispensable que les catholiques se perfectionnent et s’intègrent dans le paysage médiatique… Et pour votre côté « décalé » gardez-le si c’est le vôtre. C’est le fond du message qui est important et à chacun sa personnalité… Je suis assez contente d’avoir trouvé la formule qui suit même si « vanitas vanitatum et omnia vanistas » : Les grenouilles n’ont pas le monopole du bénitier !

  4. Véronique Bauguil dit :

    J’ai lu votre livre qui tourne dans notre bibliothèque d’amies. Je vous rejoins sur le fait qu’il est indispensable pour les catholiques de se perfectionner et de se manifester dans les médias. Quant à votre côté décalé, gardez-le si c’est le vôtre, l’important est le fond du message. J’ajouterai (et je suis assez contente de la formule que j’ai trouvée même si vanitas vanitatum et omnia vanitas » : Les grenouilles n’ont pas le monopole du bénitier ! Merci…

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